Jérôme Sessini
Sur le front Libyen.
Par Remy Ourdan
Une attaque, un duel, une déroute. Quelques jours dans la vie d'un front et d'une insurrection naissante. Autour du bastion des rebelles libyens de Ras Lanouf, lors des offensives sur le front de Ben Jawad puis de la fuite sur la route de Brega, quelques jours de combats, d'espoir et de défaites, de cris joyeux et de larmes amères.
Ras Lanouf était durant une semaine la position avancée des opposants au colonel Mouammar Kadhafi, qui contrôlent l'est de la Libye. Sur la route de Ben Jawad, en bordure du golfe de Syrte, les combats furent rudes et inégaux. Sur un terrain désespérément plat de sable et de rocaille, balayé par les vents du désert, les bombardements de l'armée libyenne taillent en pièces des insurgés le plus souvent armés de kalachnikov, voire de couteaux ou de machettes.
La seule exception fut la journée du 9 mars. Le quartier général rebelle de Benghazi avait envoyé des canons et des lance-missiles. Les chabab (jeunes) anti-Kadhafi ont cru, un bref moment, une heure, qu'ils faisaient la guerre à armes égales. Ils ont pilonné l'armée libyenne, dont la réplique fut violente : des heures de bombardements intenses, puis, le 10 mars, une avancée rapide sur Ras Lanouf. Pour les insurgés, une fuite désespérée le long de la route de Brega.
Les insurgés libyens donnent souvent l'impression de ne pas comprendre eux-mêmes comment les manifestations anti-Kadhafi ont pu si vite se transformer en une guerre si violente. Ils ont cru aux miracles de Tunis et du Caire, à la chute rapide du tyran. Ils sont chômeurs, étudiants, ouvriers, intellectuels. Ils sont nationalistes. Ils veulent parler de politique et avoir un travail, ils veulent mettre fin à la dictature, au règne de l'arbitraire.
Certains se prennent au jeu de la guerre. Ils s'inventent des accoutrements, un style, une manière de parler, de porter les Ray-Ban, de tirer au kalachnikov. C'est grisant un moment. Puis, harcelés par les bombardements, ils voient leurs amis morts, blessés, mutilés, brisés. Alors ils crient, ils pleurent, ils implorent Dieu. Ils prennent conscience qu'ils sont peut-être dans une impasse. Pourtant, ils ne s'arrêteront pas, c'est trop tard, le colonel Kadhafi ne leur pardonnera jamais l'affront. La seule issue, disent-ils tous en levant deux doigts en l'air, signe qu'il n'y a plus que deux options dans leur vie, c'est « vaincre ou mourir ».
C'est l'histoire triste de jeunes hommes qui, épris de liberté, ont voulu imiter leurs voisins tunisiens et égyptiens, qu'ils ont vu sortir dans la rue avec des pancartes et des slogans. Eux se retrouvent au front, excités et terrifiés, grisés et piégés.
Remy Ourdan.
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